Visa d’entrepreneur au Japon : les départs sans permis de retour ont presque quadruplé en un an

Publié le 20 octobre 2026. Les images de cet article sont des illustrations générées par IA.

Le 16 octobre dernier, les nouvelles règles du visa de gestion d'entreprise, le statut de séjour des étrangers qui créent ou dirigent une société au Japon, atteignaient leur premier anniversaire. La veille, les statistiques de l'Agence de l'Immigration ont révélé l'effet le plus visible de cette réforme : 953 titulaires de ce visa ont quitté le Japon sans permis de retour au premier semestre 2026, contre 246 un an plus tôt, soit presque quatre fois plus. (Source : Japan Today, japantoday.com, 16 octobre 2026, voir la source ; Kyodo, news.yahoo.co.jp, 15 octobre 2026, voir la source)

Ces chiffres ont d'autant plus de sens que la règle est sans appel. Dans le système japonais, un résident étranger qui quitte l'archipel sans permis de retour perd son statut de séjour : ces 953 départs sont donc, très probablement, des départs définitifs. (Source : Japan Today, japantoday.com, 16 octobre 2026) L'agence observe que la plupart de ces personnes ne reviennent pas au Japon. (Source : Kyodo, news.yahoo.co.jp, 15 octobre 2026)

Des chiffres qui ont basculé en décembre

La trajectoire mensuelle raconte presque aussi bien l'histoire que le total semestriel. Selon les données de l'Agence de l'Immigration, le nombre de départs sans permis de retour est resté à deux chiffres chaque mois jusqu'en novembre 2025, un mois après l'entrée en vigueur des nouvelles règles, puis a franchi la barre des cent en décembre 2025, pour culminer à 226 départs en juin 2026. Autrement dit, la hausse n'a pas été un pic isolé : elle s'est construite mois après mois, à mesure que les dossiers passaient devant les nouvelles conditions. (Source : Japan Today, japantoday.com, 16 octobre 2026)

Le quotidien économique Nikkei, qui avait révélé ces statistiques dès le début du mois de septembre, attribue directement cette envolée au resserrement des contrôles des conditions de séjour décidé à l'automne 2025, en particulier sur le capital détenu par les sociétés. (Source : Nikkei, nikkei.com, 2 septembre 2026, voir la source)

Un visa devenu central, puis suspect

Le visa de gestion d'entreprise permet à un étranger de créer, de diriger ou d'administrer une société au Japon. Son succès a été spectaculaire : 46 781 personnes le détenaient à la fin de l'année 2025, environ 1,7 fois plus qu'à la fin de 2020. (Source : Kyodo, news.yahoo.co.jp, 15 octobre 2026) Un an plus tôt, fin 2024, le Japon comptait 41 615 titulaires valides de ce statut : un peu plus de la moitié étaient des ressortissants chinois, avec 21 740 personnes, devant les Népalais, 2 830, les Coréens du Sud, 2 741, et les Vietnamiens, 2 587. (Source : The Japan Times, japantimes.co.jp, 21 mai 2026, voir la source)

Mais le statut a fini par embarrasser son propre ministère de tutelle. Des sociétés créées sans la moindre activité réelle, uniquement pour obtenir le droit de résider au Japon, ont été mises au jour, et le gouvernement a décidé de durcir radicalement les critères d'admission. (Source : The Japan Times, japantimes.co.jp, 21 mai 2026)

Une petite boutique familiale fermée, son rideau métallique tiré, dans une rue commerçante japonaise
Une petite boutique familiale fermée, son rideau métallique tiré, dans une rue commerçante japonaise (illustration générée par IA)

Le 16 octobre 2025 : de nouvelles conditions en détail

C'est le 16 octobre 2025 que le ministère de la Justice a fait entrer en vigueur la révision des critères du statut « gestion et administration ». Les nouvelles exigences, publiées par l'Agence de l'Immigration, sont les suivantes : (Source : Agence de l'Immigration, moj.go.jp, page officielle consultée en octobre 2026, voir la source)

  • Le capital minimal passe de 5 millions à 30 millions de yens, un multiple de six. Pour une société, il s'agit du capital versé ; pour un entrepreneur individuel, du total investi dans l'activité, en comptant les locaux, une année de salaires des employés et les équipements.
  • L'entreprise doit employer au moins un salarié à temps plein de nationalité japonaise ou titulaire d'un statut de résident permanent, de résident permanent spécial ou équivalent.
  • Le dirigeant, ou à défaut son salarié à temps plein, doit justifier d'un niveau de japonais d'au moins B2 dans le cadre de référence officiel : certification N2 ou supérieure au JLPT, 400 points ou plus au BJT des affaires, au moins vingt ans de résidence de longue durée, ou un diplôme obtenu dans une université ou un lycée japonais.
  • Le candidat doit justifier de trois ans d'expérience dans la gestion d'une entreprise, ou d'un diplôme de master ou équivalent dans le domaine de l'activité envisagée.
  • Le dossier intègre enfin un plan d'affaires détaillé et la nécessité de disposer d'un bureau séparé du domicile et adapté à l'activité. Le délai d'examen peut désormais atteindre six mois. (Source : Agence de l'Immigration, moj.go.jp, voir la source ; The Japan Times, japantimes.co.jp, 21 mai 2026)

Un filtre si serré que les demandes se sont effondrées

L'effet sur les candidatures a été immédiat et massif. L'agence recevait environ 1 700 demandes par mois avant la réforme, contre environ 70 par mois après, une chute de 96 %. Interrogée sur ces chiffres, Kimi Onoda, la ministre chargée de la politique d'immigration, a jugé le résultat positif, en précisant que cela ne signifiait pas que toutes les demandes seraient approuvées et que des inspections sur place continueraient en cas de doute sur la réalité de l'activité. (Source : The Japan Times, japantimes.co.jp, 13 mai 2026, voir la source)

Derrière les statistiques, des vies basculent. Les avocats d'immigration constatent que les refus s'accompagnent désormais d'un ordre de quitter le territoire dans les trente jours, là où un délai de deux mois permettait autrefois de déposer une nouvelle demande. « Ce n'est plus un système qui autorise une nouvelle demande. D'après ce que j'entends, le visa de gestion d'entreprise est particulièrement visé », résume Ryoji Tanishima, dirigeant du cabinet Tanishima Legal, qui conseille à ses clients de se reconvertir vers d'autres statuts, comme le visa de travail qualifié pour les restaurateurs. (Source : The Japan Times, japantimes.co.jp, 21 mai 2026)

L'exemple devenu emblématique est celui de Manish Kumar, restaurateur indien de la préfecture de Saitama : son renouvellement a été refusé après 18 ans d'activité, le contraignant à fermer son restaurant. Lors d'un rassemblement organisé à la Diète, il a raconté : « Mes enfants sont nés et ont grandi au Japon, ils ne comprennent que le japonais et leurs seuls amis sont japonais, mais on nous demande de rentrer en Inde. » Une pétition contre les nouvelles règles a recueilli plus de 65 000 signatures, et ses organisateurs étudient une action collective en justice. (Source : The Japan Times, japantimes.co.jp, 13 mai 2026 ; The Japan Times, japantimes.co.jp, 21 mai 2026)

Des exigences que peu d'entreprises japonaises atteignent

Le niveau choisi a interpellé jusqu'aux parlementaires. Interrogée à la Chambre des représentants le 8 mai, l'agence a expliqué avoir retenu 30 millions de yens parce que les sociétés bénéficiaires sont plus nombreuses que les déficitaires dans la tranche de 20 à 50 millions de yens de capital. Dans la même séance, un haut fonctionnaire du ministère des Affaires intérieures et des Communications a rappelé que seules 8,7 % des entreprises japonaises disposent d'un capital d'au moins 30 millions de yens, et l'agence a reconnu que 4 % seulement des titulaires du visa atteignaient ce seuil à la fin de 2024. (Source : The Japan Times, japantimes.co.jp, 21 mai 2026)

La comparaison internationale éclaire ce choix. Du côté américain, le visa d'investisseur E2 n'exige pas de montant fixe, la pratique situant l'investissement considéré comme substantiel entre 100 000 et 200 000 dollars. La Corée du Sud demande l'équivalent d'environ 10 millions de yens pour son visa d'investisseur D8 et d'environ 30 millions de yens pour son visa de gestion commerciale D9. Midori Okabe, professeure de droit à l'université Sophia et membre du comité consultatif, avait jugé que le Japon devait s'aligner sur les standards occidentaux. (Source : The Japan Times, japantimes.co.jp, 21 mai 2026)

Côté gouvernement, on assume le cap. Un responsable a résumé : « Que les départs augmentent n'est ni bon ni mauvais en soi. Ce qui compte, c'est la « qualité » des résidents étrangers. » (Source : Kyodo, news.yahoo.co.jp, 15 octobre 2026)

Vous êtes déjà titulaire : ce que dit l'administration

Les titulaires actuels ne sont pas lâchés du jour au lendemain, et la page de questions fréquentes publiée par l'agence contient des précisions importantes. Jusqu'au 16 octobre 2028, un renouvellement ne peut pas être refusé au seul motif que les nouveaux critères ne sont pas satisfaits. Même après cette date de transition, l'administration indique qu'elle n'impose pas de retour au pays de façon automatique : une gestion saine, le paiement correct des impôts et une perspective d'atteindre les critères au renouvellement suivant sont pris en compte dans une appréciation d'ensemble. L'agence précise également que l'entrepreneur individuel n'a pas à constituer un capital de 30 millions de yens en tant que tel, le critère portant alors sur le total investi dans l'activité. (Source : Agence de l'Immigration, moj.go.jp, voir la source)

Une politique plus large qui renchérit tout

L'envolée des départs s'inscrit dans un resserrement plus général de la politique envers les résidents étrangers, qui touche désormais aussi le portefeuille : les frais de visa consulaires ont été multipliés par cinq en juillet 2026, un nouveau barème de renouvellement du statut de résidence est entré en vigueur le 1er octobre 2026, et la demande de résidence permanente coûte désormais 200 000 yens contre 10 000 auparavant. (Source : Japan Today, japantoday.com, 16 octobre 2026)

Suite de notre dossier : Rester au Japon coûte de plus en plus cher : nouvelles règles et nouveaux tarifs pour les visas longue durée.

Ce qu'il faut retenir

Le paradoxe japonais est entier. Le pays manque d'entrepreneurs et le nombre de titulaires du visa de gestion d'entreprise n'a cessé de croître jusqu'à la fin de 2025, mais l'administration a choisi de filtrer si fort que les candidatures ont fondu de 96 % et que les départs sans retour se comptent désormais en centaines par semestre. Pour qui envisage de créer une société au Japon, l'équation de départ a changé : il faut anticiper 30 millions de yens de capital ou d'investissement total, un premier salarié en statut stable, un japonais opérationnel et un local réel, tout en gardant à l'esprit un examen qui peut durer six mois. La porte n'est pas fermée. Elle demande simplement, désormais, de prouver que son projet existe presque aussi concrètement que le Japon l'exige sur le papier.

Sources

  • Kyodo News, news.yahoo.co.jp : « 外国人「経営者」出国3.9倍に 26年上半期前年比、厳格化影響 », 15 octobre 2026, voir la source
  • Japan Today, japantoday.com : « Japan business manager visa holders leaving without reentry permits surge », 16 octobre 2026, voir la source
  • Nikkei, nikkei.com : « 「経営」資格の外国人、上半期の出国3.9倍 資本金など在留要件厳しく », 2 septembre 2026, voir la source
  • The Japan Times, japantimes.co.jp : analyse du durcissement du visa de gestion d'entreprise et de ses conséquences pour les commerces tenus par des étrangers, 21 mai 2026, voir la source
  • The Japan Times, japantimes.co.jp : « After rule change, Japan sees 96% drop in business manager visa applications », 13 mai 2026, voir la source
  • Agence de l'Immigration du Japon, moj.go.jp : révision des critères d'admission du statut « gestion et administration » et questions fréquentes, page officielle, voir la source
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